Jouons à un petit jeu : vous prenez une grande université américaine, n'importe laquelle.

Vous cherchez la réponse à la question suivante : combien est-ce qu'il y a de prix Nobel dans l'équipe enseignante ? Je prends le pari que vous trouvez la réponse en moins de deux clicks à partir du portail : 1 click sur "About the University", un click sur "Facts", des fois un seul click suffit. Le premier qui parvient à trouver cette information pour une grande école française peut laisser un commentaire.

La bonne question, évidemment, est : pourquoi les universités américaines éprouvent-elles le besoin de mettre en avant le nombre de Nobels? (Notez qu'en général, on trouve à la fois le nombre de Nobels parmi les anciens élèves et le nombre de Nobels parmi les enseignants.)

La réponse tient en un mot : "concurrence". Alors qu'une grande école française n'a rien à faire pour attirer les meilleurs étudiants, les universités américaines sont en concurrence les unes avec les autres. Il leur faut attirer les étudiants, les convaincre qu'ici, ils trouveront d'excellentes conditions pour étudier et des professeurs de premier plan. En cherchant bien, vous trouverez aussi le nombre d'élèves par enseignant, le taux de réussite, le taux de sélection... Énormément d'informations pour vous permettre de choisir.

Le système a ses effets pervers : pour attirer des professeurs primés, il faut les payer. Plus cher. Ce contribue à la hausse des frais d'inscription. En échange, les professeurs sont très motivés pour obtenir des prix (pas seulement le Nobel), parce qu'ils savent que ça aboutira à une augmentation de salaire ("Cher Monsieur le Président de l'Université, maintenant que j'ai le Nobel, soit tu m'augmentes, soit je me casse. PS : j'ai déja une offre").

On peut voir plusieurs stratégies suivant les Universités. Le MIT ne manque jamais une occasion de faire remarquer qu'il a autant de prix Nobel que sa voisine (la très fortunée et très prestigieuse Harvard), mais que dans son cas, ils ont obtenu le Nobel pour les recherches effectuées au MIT. Comprendre : chez nous, on s'occupe de faire de la recherche dans de bonnes conditions, pas de recruter des vieux qui ont leur carrière derrière eux.

Harvard, de son côté, joue de son prestige (chez nous, vous aurez les meilleurs étudiants, et d'excellentes conditions de travail) pour complèter le "package" offert aux professeurs. Ce qui lui permet de faire monter les enchères salariales moins haut qu'une petite Université lointaine (il n'y a pas de petits profits).