En ce moment, c'est la saison des recrutements. Les candidats sélectionnés viennent, aux frais de l'Université, faire un séminaire pour présenter leurs travaux et discuter en personne avec chaque professeur. L'avis des étudiants, qui voient le séminaire, est également pris en compte (bon ou mauvais professeur ?) À Syracuse, on demande carrément au candidat de faire un vrai cours, d'une heure, devant les étudiants, en plus d'un séminaire de recherche.

Je voulais faire un billet sur ce processus de recrutement, mais Tom Roud l'a fait avant moi, et bien mieux que ce que je pourrais faire.

La différence fondamentale avec le système français, c'est que comme c'est l'Université d'accueil qui paie le voyage des candidats, si elle vous fait venir, c'est qu'elle considère vraiment, sérieusement, votre candidature. Tous ceux qui ont passé dix heures dans un train (à leurs frais) pour aller passer une audition dans une université française où on a finalement embauché un candidat local apprécieront.

L'autre différence, c'est que s'il ne se présente pas de candidats valables, on ne pourvoit pas le poste. Et puis c'est tout. Mieux vaut un poste non pourvu qu'un poste pourvu par un candidat de qualité insuffisante. Et si nécessaire, on recommencera l'année suivante. Ainsi, à Cornell, en ce moment, on cherche à recruter six professeurs en Computer Science, parce que ça fait plusieurs années qu'ils n'arrivent pas à trouver de bons candidats. Et il semble déja acquis qu'il n'y aura pas six bons candidats, donc qu'une partie des postes ne sera pas pourvue et sera reproposée au concours l'an prochain.

Évidemment, avec un département qui a six professeurs en moins, les cours sont répartis sur les professeurs restants. Avec autorité et en prenant en compte l'intérêt des étudiants, ce qui fait que certains professeurs en informatique graphique se retrouvent à faire des cours de cryptologie... (après tout, pourquoi pas, on est censés être polyvalents...) Mais conséquence amusante, au moment du recrutement, entre des candidats de qualité égale, pour qui ils vont pousser, les collègues en informatique graphique ? Pour un autre infographiste, qui leur prendra les cours agréables et facile à faire, ou pour un cryptologue qui les déchargera de ce cours de crypto qui leur pèse ? ... Oui, ils vont pencher pour le recrutement de quelqu'un en dehors de leur sphère d'influence. Encore une fois, tous ceux qui ont une expérience des auditions de recrutement apprécieront (alors, ce que vous faites, là, en quoi ça se raccorde au lambda-calcul ?)