Une rapide observation : vous prenez un professeur dans une grande université américaine, et vous lui demandez sa charge de cours. Il vous répondra "un cours par semestre", ou "deux cours par semestre".

Par "cours", il veut dire ce qu'un français appelerait "module", évidemment ; c'est à dire un ensemble de cours magistraux, de TP, de devoirs à la maison... Travaux pour lesquels il est aidé par ses TA (Teaching Assistants). Mesuré en heures de présentiel devant les étudiants... personne ne le sait. Et, à la limite, tout le monde s'en fiche. Ce qui compte, c'est la charge de travail globale.

Vous pouvez répéter le test, à volonté (à condition d'avoir un professeur sous la main).

Bon. Maintenant, posez la même question à un professeur dans une université française. Même membre de la CURIF. Je parie qu'il vous répondra "200 heures", ou "300 heures", ou "150 heures". C'est à dire qu'il mesurera le temps de présence devant les étudiants. Parce que c'est ce que son université mesure.

Ce qui est à la fois un problème et un symptome.

Un problème, parce que si la seule chose que l'université mesure c'est le temps passé devant les étudiants, alors la seule chose que les universitaires font, c'est passer du temps devant les étudiants. C'est exactement le même problème qu'avec les publications : les gens optimisent ce qui est mesuré. Donc : pas de devoirs à la maison, pas de temps de conseil, etc...

Un symptome, parce que dire à quelqu'un : "tu fais un module", c'est lui faire confiance. Confiance dans la façon de s'organiser, de faire ses cours, de prévoir des devoirs à la maison, des TP supplémentaires. C'est lui laisser plus d'autonomie... et en échange, lui donner plus de responsabilités.

La charge de travail associée à un cours dans une grande université américaine est très élevée : il y a beaucoup de TP, de devoirs à la maison à corriger (et ces devoirs peuvent être un programme informatique, qui est plus long à corriger qu'une dissertation...), il y a du suivi des étudiants, des questions... Mais toute cette charge est incluse dans le lot, pas ajoutée par dessus. Alors que la conséquence du mode de mesure à la française, un professeur qui ajoute des choses à ses cours (des devoirs à la maison, des exercices corrigés, des TP...), ou qui ferait du suivi des étudiants, le fait à titre gratuit : ça n'est pas compté en heures de présence, donc ça ne se soustrait pas des 192 heures par an...