Vous vous souvenez, ce rapport du Ministère de la Recherche, sur les Maitres de Conférence recrutés en 2008 ?

On peut en tirer des tas de jolies courbes. Par exemple, considérons la date d'obtention du doctorat pour ces heureux élus. La date du doctorat et pas la date de qualification parce que, comme me l'a fait remarquer Tom, la date de qualification nous donne une information modulo 4. En raisonnant par grand groupes de discipline (Math-Info, Physique-Chimie, Biologie...). En Math-Info, par exemple, on obtient ce genre de courbes:

Autrement dit, 50 MCF recrutés en 2008 avaient soutenu en 2007, et 40 en 2006. Et après ça s'écroule. Donc 80 % des MCF recrutés en Informatique avaient soutenu leur thèse depuis moins de 2 ans. On voit des courbes similaires pour les mathématiques, avec une pente moins forte cependant.

Maintenant, si on se penche sur le cas de la physique-chimie :

On voit, d'abord, que la Physique est séparée en de nombreuses sections CNU, ce qui aboutit à une fragmentation. J'ai groupé ensemble les trois sections de Chimie du CNU (31/32/33), et les deux sections de Physique moléculaire (28/29). J'ai laissé à part l'Astrophysique (parce que c'est un cas très particulier, avec 1-2 postes par an) et les Milieux Dilués et l'Optique (parce que je ne savais pas où les mettre).

Qu'est-ce qu'on voit sur les courbes ? Tout d'abord, que les jeunes diplomés ne forment plus la majorité des recrutés. Les proportions de recrutés sont à peu près équilibrées sur 2005-2006-2007. Ce qui veut dire qu'une partie importante des recrutés a fait un post-doc avant son recrutement.

Mais si vos voulez un vrai exemple de tension sur le marché de l'emploi, il faut se pencher sur la biologie :

À nouveau, c'est très fragmentaire, et ça oblige à un travail de regroupement pour avoir des données exploitables. J'ai mis ensemble toutes les sections s'occupant de Géologie et d'Océanographie, puis toutes les sections s'occupant de Biologie. J'ai laissé à part les deux sections de Pharmacie (39 et 40) et la section Écologie (67e).

La Pharmacie a une courbe similaire à celle de l'Informatique, avec plus de jeunes diplomés chez les recrutes que de vieux. Mais la Biologie et la Géologie ont une courbe inversée : moins de jeunes recrutés que de vieux. Sans post-doc, on a peu de chances d'être recruté. En Géologie, le post-doc d'un an semble être obligatoire. En Biologie, l'effet post-doc s'étale sur plus longtemps.

Ce que montrent les courbes de la Physique, de la Chimie, de la Biologie et de la Géologie, c'est la tension qui règne sur le marché de l'emploi. D'excellents docteurs ne parviennent pas à être recrutés la première année, alors ils partent en post-doc, ils reviennent et recandidatent. Se mettant ainsi en concurrence avec des candidats qui viennent de soutenir, et qui du coup n'ont pas de postes, et doivent partir en post-doc, etc. Le fait qu'en Biologie l'"effet post-doc" se fasse sentir sur plus de 5 ans témoigne de l'extrème tension qui règne sur le marché de l'emploi.

A contrario, l'Informatique et la Pharmacie semblent moins soumises à la tension. Ce qui signifie que les doctorants des années précédentes ont trouvé à se caser.

Mais toute la question est : "où sont-ils passés ?". Ils ont pu se caser, soit comme MCF, soit dans une entreprise privée. Autrement dit, il me manque une information : le nombre de doctorants (qualifiés) dans chaque discipline.

Cependant, j'observe que les disciplines qui ont le moins de tension (Informatique, Pharmacie) sont aussi les plus "employables". Il me manque les courbes, mais je crois voir une tendance similaire (faible tension) en Sciences pour l'Ingénieur, Droit et Gestion. Je vous donnerai les courbes sous peu, mais je suis sûr que mes nombreux lecteurs ont déjà des remarques à faire...