Ma chère et tendre m'a fait découvrir Bruno Latour (au sens, elle m'a obligé à le lire).

J'ai commencé mon été avec La vie de laboratoire, et je l'ai fini avec La science en action.

Disons-le franchement, c'est fascinant, passionnant... et très intéressant, tant pour le citoyen que pour le scientifique. Je ne suis pas nécessairement d'accord avec l'ensemble des thèses de l'auteur, mais je pense que la lecture des livres de Bruno Latour devrait faire partie des pré-requis au moment de l'entrée en thèse, voire en Master. Ça permettrait une meilleure compréhension des rapports entre la science et la société.

Je suis particulièrement fasciné par l'idée que (selon lui) il y a toujours un contrat entre la société (ou des soutiens financiers) et le scientifique. Contrat qui se résume, en général, par "je vous fait des recherches sur X parce que ça permettra de résoudre Y, et que Y est fondamental pour la survie de la société (donc donnez-moi des sous)".

Le contrat est censé être un contrat gagnant-gagnant (le scientifique fait ses recherches, la société (ou les financier) y retrouvent l'application promise). Ainsi le contrat des physiciens avec l'armée américaine en 1943 : on vous fait votre bombe atomique, et vous nous laissez comprendre la structure de l'atome.

Mais le contrat peut aussi être biaisé (ainsi telle université qui fait financer son accélérateur de particules sous prétexte de recherche contre le cancer), dans un sens ou dans l'autre. Le fait que les retombées financières ne soient pas toujours là où on les attendait ne change rien au fait qu'il y avait, au départ, une discussion, un contrat, entre le financier et le scientifique. Ainsi, le but des politiques en finançant le programme Apollo était de pouvoir faire "gna-gna-gna" aux russes, et de développer des technologies qui serviraient pour les missiles intercontinentaux. Le but de la NASA était de mieux comprendre la formation du système solaire. Et les bénéfices financiers sont venus des brevets sur les machines qui analysaient le sang des astronautes en temps-réel, brevets qui ont été placés dans des machines vendues dans le monde entier. Bruno Latour argumente son exposé de nombreux exemples, répartis à travers les siècles.

Mais je pense que dans la recherche et l'enseignement supérieur, il y a un deuxième contrat, peut-être plus implicite. Il concerne l'enseignement supérieur. C'est le contrat que l'Université (ou la Grande École) passe avec la société : donnez-moi vos enfants, je m'engage à leur apprendre des choses utiles dans leur futur métier. Et en échange, je garderai les meilleurs d'entre eux, et ils viendront faire de la recherche chez moi. C'est un contrat qui marche dans les universités américaines, et c'était un contrat à l'oeuvre à la fin du XIXe et au début du XXe siècle à Polytechnique, par exemple (à l'époque de Becquerel, de Poincaré et Paul Levy). À un moment donné, en France, le contrat a été rompu. Et j'aimerais bien comprendre pourquoi.

Ou alors, c'est aux USA que le contrat a été renouvelé (par exemple sous la pression de la guerre froide et de Spoutnik).