Ça n'est pas un secret, la presse écrite est en crise. Les journaux n'arrivent plus à se vendre, et les lecteurs ne sont pas intéressés.

Versac souligne qu'une partie du problème, c'est le journalisme qui se contente de rapporter, sans analyser ni donner les informations nécessaires pour analyser. "Il a fait ça", ça n'est pas suffisant pour intéresser les gens, ça ne représente pas une information utile. "Il a fait ça, et ça représente une dépense énergétique supérieure à celle d'un marathonien", ça commence à aider. "Il a dit ça, et il y a dix ans il disait déjà ça", c'est aussi plus utile que "il a dit ça". Soyons clair : quand je lis le journal, ça n'est pas les données que je cherche (les titres de mon flux RSS me les donnent déjà), ni l'analyse, mais les données qui me permettront de faire ma propre analyse et de mettre en perspective.

Comme disait Rachel Maddow (qui n'est pas dans la presse écrite) : mon travail n'est pas de sauter aux conclusions, mais éventuellement de vous montrer, si vous sautiez, où vous pourriez atterrir.

Aliocha a quelques opinions sur le sujet, aussi.

Aujourd'hui, je veux rendre hommage aux journalistes à l'ancienne, ceux qui vont faire comme Albert Londres, s'immerger sur le terrain, chercher l'histoire. Nicholas D. Kristof est l'un de ceux là. Il va sur le terrain, dans ces pays qui n'intéressent pas la presse américaine, ni le public. Il y reste assez longtemps pour comprendre ce qui s'y passe, et il rédige des articles terribles et très humains.

Son dernier article, rédigé à Karachi, porte sur un accouchement qui se termine mal, mais ouvre la perspective sur les droits des femmes, et en particulier des femmes enceintes.

En même temps, soyons honnêtes, je n'achète pas le New-York Times pour lire les articles de Nicholas D. Kristof. Je les lis sur leur site web. Et si tout le monde fait comme moi, vous allez me dire, au bout d'un moment, il n'y aura plus de New-York Times, et donc plus de site web, ni de Nicholas D. Kristof. Ce qui est vrai. D'ailleurs, je suis prêt à payer pour avoir accès aux articles de Kristof (et aussi aux analyses de Friedman, Krugman, Collins, Robinson...)

En sens inverse, il faut aussi observer que Kristof est beaucoup mieux mis en valeur sur le site web du New-York Times que dans le journal papier. Pour ceux jamais vu, le New-York Times, c'est un monstre. Ça coûte peut-être 2,75$, mais en prix au kilo, c'est donné. C'est le genre de journal où vous prenez un caddie pour le mettre. Ensuite, vous arrivez à la maison (pas question de le lire dans le métro, impossible) et vous vous installez sur la grande table de la salle à manger. Et là, vous pouvez poser les 25 cahiers et les 3 magazines, et commencer à feuilleter. Et de toute façon, quatre jours sur six, vous n'aurez pas d'article de Kristof. Alors que le site web est très léger, l'accès à la section "Columnists" se fait en un ou deux clics, et vous aurez toujours le dernier article de Kristof, même s'il n'est pas dans le Times du jour. Vous aurez aussi une archive de ses articles parus, ce qui est utile pour remonter le temps, ou pour avoir le début de l'histoire, car il a des personnages récurrents. Et vous avez les derniers titres de son blog, qui permet d'aller plus loin dans l'analyse (notamment en fournissant des données chiffrées et des éléments de comparaison).

Comme intégration journalisme / médias électronique, c'est assez puissant. Est-ce que ce sera assez pour sauver le New-York Times ? Est-ce que ça permettra à la prochaine génération de Kristofs d'émerger ?

Addendum: en fouillant dans les archives de Kristof, j'ai retrouvé ce bijou, le chirurgien analphabète. C'est à lire.