Pierre Colmez est mathématicien. Il est également chercheur au CNRS, ce qui le place dans une catégorie à part, qui ne comprend que 6 % des mathématiciens.

Pendant quelques années, il a été professeur à l'X. Pas juste professeur en petite classe, ce qui peut arriver à beaucoup de monde, mais professeur à temps plein (ce qui, à l'X, est en général un poste temporaire sur contrat de 4 ans).

Et cette expérience lui a inspiré quelques réflexions. Ailleurs, on a retenu de sa lettre de démission les aspects financiers (un prof de mathématiques est moins payé qu'un professeur d'économie ou de math financière). Personnellement, je suis beaucoup plus intéressé par deux autres points :

1) L'enseignement ne fait pas l'objet d'une stratégie de la part de la direction de l'école. Chaque enseignant fait ce qu'il veut, enseigne comme il veut, sans consignes claires... et n'est pas soutenu en cas de conflit. Je le cite :

Le projet pédagogique de l’École. — Je dois admettre qu’après 16 ans passés à enseigner dans cette école, je n’ai toujours pas réussi à comprendre quels étaient les rôles respectifs de l’enseignement et de la « formation humaine ». Je ne connais, dans le monde, aucun autre endroit de ce niveau où une partie de l’encadrement semble avoir pour mission d’expliquer aux élèves que les études ne sont pas vraiment importantes.

Ce point m'intéresse, également parce qu'il illustre la question entre sélection et formation. Si Pierre Colmez a raison, alors l'École Polytechnique repose essentiellement sur la sélection, et très peu sur la qualité de l'enseignement.

2) L'enseignement dispensé en prépa repose sur un programme très faible (sur son contenu scientifique), et porte principalement sur la préparation au concours, c'est-à-dire sur résoudre des exercices à toute allure. Ce point est argumenté, par une comparaison avec le programme de 1ère année de Cambridge, 4 fois plus ambitieux alors qu'il y a le même volume horaire et le même niveau (élevé) pour les élèves. L'évolution semble aller vers toujours moins de contenu scientifique, et toujours plus de préparation au concours. Sur ce point précis, Pierre Colmez apporte des informations étayées. Il explique également que plusieurs professeurs de "bonnes" prépas, sachant que leurs élèves ont toutes les chances d'intégrer, s'affranchissent des limites du programme, ce qui leur permet de reconstituer un tout harmonieux.

L'ensemble des écrits de Pierre Colmez forme un tout très intéressant, notamment pour la comparaison avec un équivalent international. Ce qu'il décrit est assez inquiétant : le programme de math de prépa est amputé largement par la préparation au concours, et après le concours la formation est très faible. La sélection l'emporte sur l'enseignement.

En biologie, comment on appelle, déjà, une espèce qui n'a pas su évoluer parce qu'elle n'avait pas de concurrence dans sa niche écologique ?